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jeudi 16 octobre 2008

Petit solo au Groin


Source du Groin, 16 octobre 2008

Ayant pu faire regonfler mes bouteilles mardi soir, je me dis que mon RTT de jeudi après-midi serait bien mis à profit en allant tremper les palmes. J'envoie donc un message à Babar pour lui proposer de se taper un museau de porc (plonger au Groin, donc :o), et on convient de se rappeler le soir. Après la séance piscine je recontacte donc Laurent qui malheureusement ne peut pas se libérer demain. Je décide donc d'y aller seul, pour continuer de faire connaissance avec la cavité, à mon rythme. La première fois j'avais fait de l'équipement dans le shunt, et la deuxième travaillé la topo. Là, je veux me promener !
Sorti du bureau à 13h je rentre pour manger rapidement et partir au plus tôt. Finalement, après avoir appris de l'assurance vie de ma mère qu'elle était décédé en juillet, et lui avoir téléphoné pour lui apprendre la nouvelle (véridique), je pars enfin à 14h30. Je prends l'entrée d'autoroute, mais quand elle se divise entre Paris et Marseille celle que je vise est fermée et je me trouve contraint de rouler vers le sud. Mauvais début. La radio m'informant d'un accident je prends la première sortie et choisis de rejoindre l'A42 par les petites routes. Déjà je suis parti à la bourre, ça ne va pas m'avancer...

J'arrive enfin vers 16h30 et prends le sentier qui descend vers la source. A peine quitté le chemin pour me garer, je ne peux que constater que le terrain, plus que détrempé, est glissant. Je me retrouve embarqué contre mon gré vers le bas de la clairière. Ce n'est pas mon jour. Habituellement je garde dans le coffre mes chaînes à neige même en été pour ce genre d'aléa, mais des fois on a besoin de place dans le coffre et... Je glisse sous une roue le tapis prévu pour me changer, sous l'autre des branchages coupés à la machette et, après une longue lutte, je parviens à ramener ma voiture sur un terrain plus stable. Après une hésitation je décide de remonter la voiture en haut du chemin : si ça ne devait pas passer je préfère chercher de l'aide maintenant, qu'à la nuit après ma plongée. Mais je grimpe sans problème le chemin couvert de feuilles, et me gare les roues dans la descente, prêt à partir. Je croise le propriétaire des vaches qui, depuis tout à l'heure, m'observent moqueuses en manifestant bruyamment leur joie (en fait je pense que l'heure de la traite s'est faite attendre, et que certaines commence à le trouver douloureux : la montée du troupeau me confirme mon impression, certaines ayant du mal à marcher). Je fais un premier voyage pour poser le bi 9, palmes et casque, au bord de la vasque qui est à son niveau bas. Un deuxième voyage en combinaison, avec les plombs, me permet d'apporter un kit avec le relais 7L et le petit matériel.

Dès l'immersion je constate une très bonne visibilité, avec juste une légère laitance : environ 6-7 m. J'en profite un maximum, éclairant les nombreux recoins de cette galerie très travaillée. J'ai éteint mes éclairages de casque, ne gardant qu'une Bubble 5W au bras. Je progresse tranquillement dans le joli petit canyon, jusqu'à la relative étroiture des 170 m qui fait une marche montante à main droite. Au changement de cablette, qui de blanche devient jaune, je pose mon relais sur son tiers. Repartant sur le dorsal, je rencontre tout de suite derrière la marque des 200 m. Jusque là mon point bas a été d'un peu plus de 13 m, et maintenant la galerie remonte progressivement. Soudain elle fait une chicane droite-gauche, en passant au dessus d'une faille qui plonge d'environ 6 m. J'arrive bientôt à un nouveau changement de cablette (retour du blanc...) et à la marque des 300 m. Celle-ci est quasi illisible, inscrite sur un cul de bouteille fixé à l'envers sur le cable et que je regonfle d'une bouffée d'air. Etant maintenant à seulement 4-5 m de fond, je suis bien loin de mes quarts, environ à 200 bars. Je choisis pourtant de faire demi-tour : mon but aujourd'hui n'est pas de faire de la distance, mais de me familiariser un peu plus avec cette cavité très "tourmentée" avec de nombreux passages. Je préfère flâner au retour, prendre mon temps pour fouiner.
Revenu à mon relais j'amarre mon fil directement sur celui-ci, pour aller explorer les failles qui semblent s'étendre assez loin sur ma gauche (sens retour). Mon dévidoir maison en main, je déroule en m'éloignant du fil principal, grosso modo en direction de l'est. Je suis dans une diaclase horizontale et légèrement remontante. Je mets un minimum de caouèches, préférant faire des tours morts sur la roche, vérifiant régulièrement le passage du fil d'un bref coup d'œil en arrière. J'en déroule ainsi une bonne trentaine de mètres : ma progression semble être redevenue parallèle à la galerie principale, qui ne doit plus être très loin sur ma droite quoique je n'arrive pas à accrocher le fil dans mon faisceau. Après avoir bien examiné la physionomie de la galerie je rembobine, traversant parfois un bref nuage de touille, là où le plafond un peu bas m'a fait frotter le ventre sur la roche. Mon dévidoir va bien, la lumière dans laquelle passe le fil demandant juste à être élargie sur le modèle définitif prévu pour bientôt, cette fois tout en inox. Je récupère mon relais que je rouvre, mais reste sur mon dorsal pour continuer vers la sortie. Je rebrousse presque tout de suite chemin pour remonter un peu, mon oreille droite ne voulant pas passer. Je me glisse dans le haut de la faille pour équilibrer et redescend très progressivement avec de fréquents Vasalva. Tout rentre dans l'ordre et c'est reparti.
A partir de 50 m avant la sortie je commence à chercher sur ma droite le départ de la galerie que Josée était allé regarder la dernière fois, en compagnie d'Isabelle et Pierre. A nouveau je m'amarre au fil principal et part voir cette galerie qui, effectivement, se distingue du reste de la cavité : petit éboulis de galets et graviers puis de sable, une roche si sombre que je crois un instant que la galerie continue alors que je suis quasiment le nez sur le mur ! Je rejoins à nouveau le fil pour finalement sortir. Je ne distingue que tardivement une faible lueur m'annonçant la surface, car la nuit est presque tombée et la vasque - encaissée - prend un peu d'avance sur les alentours.

Je pose le relais et mon dévidoir pour entamer la remontée avec mon bi. J'aurais peut-être dû laisser aussi mon lestage pour le deuxième voyage : comme d'habitude chaque pas fait vers le haut dans le gravier est suivi d'une redescente, en un élégant glissé façon "moon walk", d'une hauteur proportionnelle au poids de la mule ! En moyenne on peut considérer qu'il faudra monter une fois et demi ce que l'on voit... Parvenu au sommet de l'éboulis je récupère mes clés de voiture planquées, et attaque le sentier quand j'aperçois une superbe salamandre qui passe sans hâte. Elle ne paraît pas effarouchée par ma lampe et je tends ma main encore gantée pour qu'elle grimpe dessus, ce qu'elle fait très gentiment. Je l'observe un peu, la repose avec précaution et reprends mon chemin tout content de cette chance. En haut du sentier je continue sur le sentier d'exploitation couvert de feuilles mortes et Oh ! une autre salamandre. Un peu plus farouche, je ne l'importune pas, me contentant de la regarder, et reprends ma route. Avant d'arriver à la voiture j'en vois une troisième... La pluie fine qui tombe les emballe visiblement, et c'est jour de sortie chez les salamandres. Je pose le bi et les palmes, et retourne chercher le reste du matos en éclairant soigneusement mes pas pour ne pas écraser ces charmantes petites bêtes. Je glisse relais et dévidoir dans le kit spéléo et repars - un peu plus léger - à l'assaut de la pente. Revenu sur le chemin je croise, devinez quoi ? Raté bande de petits présomptueux, ce n'est pas une salamandre mais un crapaud tout joli (n'en déplaise aux mauvaises langues et aux auteurs de contes de fées sans imagination). En quelques sauts fainéants il traverse le chemin, sans trop se laisser approcher. Bien sûr, je recroise d'autres salamandres. Ça commence à être lassant, elles n'ont rien d'autre à fiche ces bestioles que de traîner sur mon chemin ?!

La nuit est maintenant complète et, pressé de partir, j'ai chargé le matériel tel quel, le bi - debout et détendeurs encore montés - attaché derrière le siège arrière. Je me contente de quitter l'étanche, et conserve la sous-combinaison pour sauter dans mes bottes et reprendre la route. Si j'ai un contrôle routier ils risquent de me trouver croquignolet ! Mais non, le retour se fera sans incident. A bientôt le Groin et, comme dirait Babar : Gruik ! Gruik !

Alain.

samedi 4 octobre 2008

Golet du Groin (et non pas Groin du goret :o)


Aujourd'hui il y a un peu trop de choses à faire pour une journée de 24H. Il est prévu une réunion de la Commission Régionale de Plongée Souterraine (CRPS RABA) avec, en avant-première, une plongée au Groin. Problème : ce soir c'est la crémaillère de Flore, prévue de longue date et pour laquelle je me suis engagé. Une promesse est une promesse et puis ça facilite le choix. J'irai donc faire la plongée avec les copains, puis je rentrerai sur Lyon pour faire la fête. La crémaillère est prévue en journée continue, chacun venant quand il lui plaît-plaît-plaît dans l'après-midi jusqu'en soirée.
J'arrive sur place comme prévu vers 11h et y trouve Pierre Mercier-Guyon. On papote un peu, jette un coup d'oeil à la vasque qui est à son niveau bas (le seul que je lui connaisse pour l'instant), puis arrive the Babars' Family, Isabelle Perpoli (sans sa moto :o) et enfin Thierry Briolle accompagné de Jérôme Blanc (annoncés par le bruit du camion). Pour Eric Charbonnier et son amie Sylvie il faudra attendre encore un peu, d'autant que la décision de venir s'est faite au dernier moment.

Laurent a prévu de continuer la validation de la méthode topo élaborée avec Jean-Claude Pinna, et cherche donc un volontaire. Je ne me fais pas trop prier, désireux depuis longtemps de découvrir le topotage. Josée partira avec Isabelle et Pierre, tandis que Thierry et Jérôme conserveront le binôme commencé pour faire la route. S'engage alors une savante explication-démonstration de la méthode topo : Babar déroule son fil depuis la barrière, faisant de savants amarrages sur les rétroviseurs (pas sûr que j'en trouve dans la cavité ^^) avec explicatances des choix de trajectoire pour faciliter visées et mesures. Nos petits camarades se moquent gentiment de la toile d'araignée qui se tisse entre les voitures. Puis on rembobine et détermine les rôles de chacun : j'irai de l'avant, déroulant et amarrant sur une centaine de mètres ; Babar suivra en prenant pour chaque station direction, profondeurs du fil ainsi que des points bas et haut ; je reviendrai (laissant le dévidoir aux bons soins de mon compère) en mesurant les largeurs à l'aide d'un décamètre. On se croisera donc et Babar ramènera le dévidoir. La difficulté est dans le fonctionnement inverse dans les relevés faits par l'un et l'autre : les largeurs devant être (dans le sens normal de progression) celles du segment suivant, il me faudra les prendre perpendiculairement au segment derrière moi au retour. Sinon les données fournies au logiciel de rendu ne seraient pas cohérentes.
Tout le monde se prépare. Pour ma part je trouve que j'ai beaucoup d'accessoires avec le dévidoir de topo (en plus évidemment du mien propre pour la sécu), un décamètre de fort beau gabarit et une plaquette de notation. Je me trouve moins encombré avec 2 relais qu'avec ces petits bidules qui pendouillent. Même si ça ne me dispense pas d'un relais ;o) Thierry et Jérôme sont prêts les premiers, suivis de Babar et moi, Josée et sa troupe fermant la marche. Eric & Co arrivés entre temps prendront nécessairement le départ hors délais : pas de classement, pas de médaille ! Je m'équipe laborieusement dans la vasque puis rejoint Babar.
On commence par avancer dans la galerie car nous avons prévu de commencer la topo à la cote 170. On commence en faisant amarrage commun avec la cablette en place, et c'est parti. J'essaye de ne pas faire des segments trop courts, mais les amarrages disponibles ou la visibilité limitée ne me laissent pas toujours le choix. Il faut dire, concernant la visi, que les arrêts pour amarrer le fil suffisent souvent par l'expiration prolongée de bulles à décrocher la suspension fixée en plafond. Je croise Thierry et Jérôme qui reviennent. J'avance à mon rythme mais commence à ne pas avoir chaud aux mains. J'arrive à mon terme et dépose le dévidoir pour attraper le décamètre. Je cherche... Je cherche... Je cherche ! Et m..... !!! Rien à faire, je ne l'ai pas. Je doute fortement l'avoir perdu en route, je pencherais plutôt pour qu'il soit tombé pendant que je m'équipais dans la vasque, sans rien voir dans la touille qui règne au bord. je me filerais des claques. Dépité je prends le chemin du retour et signale - honteux - ma bêtise à Babar. Il me fait signe qu'il continue, tandis que je rentre, regardant quand même dans les failles survolées au cas ou... Quarante mètres avant la sortie je vois des lumières dans une galerie qui part sur ma droite. Je jette un oeil et aperçois la palanquée de Josée. Je les laisse et continue vers la sortie. Un peu avant la vasque je croise Eric en recycleur et Sylvie. Comme je m'y attendais je retrouve le décamètre posé sur le gravier dans 50 cm d'eau, à tâtons dans la touille encore présente. Trop nul. Quand Laurent sort il me dit que j'aurais malgré tout pu prendre des mesures à l'estime. Effectivement, mais perturbé je n'y ai même pas pensé. Enfin, les mesures qu'il a prises permettent quand même d'établir un profil, à défaut d'avoir les sections de la galerie. C'était un essai couronné d'échec comme dirait mon paternel, j'espère faire mieux la prochaine fois. Je remonte en me déhalant sur la corde mise en place par Thierry. La palanquée de 3 nous rejoint bientôt, suivie de peu par Eric & Sylvie qui ne seront pas restés longtemps car elle a eu des problèmes avec ses palmes mal adaptées à ses botillons : après les avoir perdu nombre de fois, elle est finalement sortie en les tenant à la main...
Babar nous apprend, qu'ayant pris le point de référence topo quand nous nous sommes immergés, il a constaté en sortant une élévation du niveau de 50 cm sur le seul temps de la plongée. J'apprendrai le lendemain que le niveau s'est finalement élevé de 6 m...

Quand tout le monde est changé et le matos chargé, les véhicules se reforment. Tandis qu'ils vont prendre la route pour St Egrève afin d'aller à la réunion, je vais moi repartir sur Lyon. Je rentre donc, décharge mon bazar, fais un brin de toilette et repars direction la presqu'île pour la crémaillère. J'ai oublié l'adresse exacte et essaye de joindre Yves, qui doit sûrement encore y être, pour obtenir le numéro. Mais l'animal ne répond pas et je fais du porte à porte, listant les noms des interphones. Finalement il me rappelle pour me dire que, invité ailleurs, il est déjà parti. Qu'importe, avec ses indications je sonne enfin à la bonne porte. Il me semble bien percevoir comme un soupçon d'étonnement. Et Flore me dit "Tout le monde est parti... Mais monte quand même ! ". Effectivement, pour une occasion qui se déroule habituellement plutôt en soirée, il se trouve que tout le monde avait d'autres projets pour le soir. Résultat tous sont venus dans l'après-midi et je me trouve à finir les cacahouettes avec mes hôtes. Comme ils hébergent un couple d'amis je ne m'éternise pas, les laissant après une petite demi-heure quand même très sympatique, même si un peu inattendue.

C'était une journée où il était dit que les choses ne se dérouleraient pas comme prévu !

dimanche 28 septembre 2008

Siphon d'Arbois, Ré-équipement

Ce dimanche matin la mise en route est difficile : l'entraînement d'aviron de la veille pèse encore dans les jambes et le dos, sans parler d'un retour tardif après être aller donner un petit coup de main à l'ami Stéph qui aménage sa maison (vous savez, certains d'entre-vous le connaisse : un mec qui est sur la liste et qui plongeait autrefois... :o)

Bref je décolle de la maison (oui ma Kangoo décolle ! Si j'veux. ) légèrement à la bourre, et en cours de route je joins Jean-Claude : c'est que j'aimerais bien avoir confirmation de l'heure de rendez-vous et de la route à prendre. Le rendez-vous s'avère être à 9h alors que j'ai - sur les conseils de Babar et parce que ça m'arrangeait - visé 9h30. Pas grave me dit-on. Quant à la route, JC me confirme que l'accès par Choranche étant fermé suite aux éboulements, le seul accès encore possible, par le col de Romeyère (1069 m), est bien celui qui se prend à St-Gervais. Je sors donc de l'autoroute à Tullins et attaque la grimpette par cette petite route de montagne. Passage devant la cascade du canyon des Ecouges, qui jaillit d'une falaise semblant avoir été entaillée par la hache d'un titan : c'est beauuuuu ! Soudain, virage à droite et un tunnel. LE tunnel. Un truc pas croyable taillé à la pioche, brut de brut. Aucun éclairage sur 300 m , dans la roche sombre, c'est bluffant. Des "garages" sont aménagés pour se croiser mais, de toute évidence, il doit falloir parfois reculer. Et quand on sort, après seulement 2-3 virages qu'on pourrait qualifier de résiduels, on s'étonne de trouver une route soudainement plus large et quasi rectiligne sur des kilomètres. On est sur le plateau et on redescend finalement sur Rencurel. Pour moi Rencurel n'était jusque là qu'un nom sur un panneau. Je constate que c'est particulièrement joli, ça me donne l'impression d'arriver au pays des hobbits ! Dommage, je n'ai pas pris l'appareil photo : j'aurais bien aggravé mon retard !

J'arrive enfin à 9h35 et rejoins les copains déjà à l'ouvrage : Jean-Claude Pinna, Xavier Méniscus, Patrick Serret et Thierry Briolle. J'ajoute mes bras aux leurs pour remettre le câble en place et en tension. Jean-Claude a encore amélioré le dispositif au niveau du mât, sans compter qu'il a cintré de la cornière pour faire des skis au treuil. La descente de ce dernier s'en trouve grandement facilitée.

J'effectue quelques trajets pour rajouter mon matériel à celui qui attend déjà de prendre le téléphérique. Arrive enfin Babar, qui me prête gentiment un relais 7L Nx40 à la place de mon 7L air.

Patrick est déjà parti depuis quelques minutes pour l'autre côté de la vallée, et je cours pour le rattraper. Je ne le rejoins qu'au pied de la falaise. Nous nous équipons pour la remontée sur corde et, à ma demande, Patrick vérifie rapidement que je n'ai pas fait de bourde. Surtout que j'ai changé de harnais, optant pour un ancien modèle de montagne à bretelles, récupéré de mon père. Il va bien mais, après quelques mètres de progression, je constate que je n'ai pas suffisamment serré les bretelles : mon croll qui fait l'intermédiaire avec la ceinture n'est pas fixé assez court. Ma progression s'en trouve ralentie car je dois m'aider de la main... Nous nous retrouvons enfin tous les deux devant l'entrée de la grotte.

Patrick me fait voir que le bateau, que nous avions amené lors d'une virée précédente, n'est finalement pas mort ! Coincé entre d'énormes blocs qui lui ont évité le grand saut, il est cependant un peu cabossé. La pression a dû être énorme. La paroi extérieure est endommagée mais semble encore étanche quoique fragilisée. JC suggérera un peu plus tard que l'on fixe des bouchons sur la double coque pour pouvoir le « noyer » :rempli d'eau et attaché au niveau du lac, il pourrait subir les montées d'eau sans imploser. Et nous n'aurions pas à le charrier à chaque venue.

La première benne arrive. Un peu vite. « Stop ! Stop ! Stoooop !!! » crie Patrick. A peine ralentie, elle s'échoue contre la falaise, heureusement sans dégâts. C'est que la bête est lourde, bardée de tous côtés de kits spéléos qui ne tenaient pas à l'intérieur. Dedans les premières bouteilles et un sac où Thierry à sans doute planqué un âne mort. Pour son goûter. Chaque sac enlevé allège la benne qui remonte, et que l'on peut ainsi rapprocher du porche de la grotte. Patrick me laisse pour aller topographier la galerie qu'il avait repérée proche de l'entrée. Je récupère les 2 bennes suivantes. Une corde bienvenue me permet, un pied posé dessus, d'empêcher la poubelle reconvertie de monter en même temps que les blocs que je soulève. Sinon, rapidement mes bras seraient trop courts !

Tandis que je prépare mon matos Patrick revient enthousiaste. L'arrêt sur étroiture qui l'avait bloqué le coup d'avant ne serait pas infranchissable. Et si nécessaire il est prêt à faire péter le bazar, car rien n'arrête Belu... Thierry nous rejoint le premier et commence lui aussi à équiper ses blocs, puisque nous serons les deux seuls à plonger aujourd'hui. Le reste de la troupe arrive après avoir rangé le matériel au départ du câble, pour éviter les mauvaises surprises.
Après avoir cassé la croûte c'est le briefing sur l'objectif du jour. L'impasse est faite sur l'aspect topo, qui a paru un peu ambitieux à faire en même temps que l'équipement. A deux, et vu les conditions de la précédente plongée, il paraît plus raisonnable de ne viser que la mise en place d'un nouveau fil, avec pour contrainte d'être adapté à la topo qui suivra, et de permettre une progression facile au propulseur. On répète un peu et on s'ébranle.

Ça me fait bizarre de ne pas porter mon bi : les plongeurs portent leur relais, lestage et petit matériel pour arriver frais au siphon. C'est la première fois que j'ai un porteur, et à l'inverse de la situation habituelle, c'est Xavier qui porte mon scaphandre tandis que Babar a pris celui de Thierry. La progression se fait à pas prudents car , suite à la crue du 13 septembre qui avait abouti à la mise en charge de la galerie, l'eau qui était encore là il y a peu a laissé un sol particulièrement glissant. On arrive au lac, dont on voit bien que son niveau s'est élevé. Les porteurs n'ayant pas pensé à prendre de palmes, on se les répartit en fonction des charges ou de la possibilité de gonfler l'étanche. La traversée se fait beaucoup plus proche du plafond que la dernière fois. Il n'en faudrait pas beaucoup plus pour en faire un S1.

De l'autre côté le photographe, Belu parti devant, nous fait prendre la pose. La remontée vers la suite de la galerie est elle aussi l'occasion de plusieurs photos. Plusieurs mains se sont vues dotées d'un flash et on applique la méthode « 1... 2... Flash ! 3... Clic » chère à Patrick. N'ayant pas de flash je prend de l'avance et descend la deuxième galerie vers le siphon. Son propre niveau n'est que légèrement monté. Tout le monde arrive et on se prépare, assistés par nos camarades. Thierry a troqué son bi 10 contre un bi 7 bien gonflé prêté par Laurent, tandis que je plonge avec mon vieux bi 9. Nous avons chacun un relais 7 L de NitrOx 40. On fait la dernière mise au point sur la répartition des rôles. Je déroulerai le fil en choisissant les stations et, tandis que Thierry effectueras l'amarrage, je repartirai sur la suivante. Pendant ce temps nos camarades se consacreront à une séance photo dans l'exondé.

C'est parti. Je prends donc la tête et découvre pour la première fois ce siphon. Je sens bien que la galerie continue avec les mêmes volumes que l'exondé que l'on vient de quitter, mais souvent on perd les parois. La visibilité n'est pas vraiment constante, et je commence à me dire que pour choisir des visées adéquates ce serait mieux de deviner les parois et d'appréhender visuellement l'orientation de la galerie... Pour l'instant on progresse sur le fil posé l'autre jour par nos amis. D'une chiquenaude je le fait vibrer et regarde le halo de fine argile envelopper le fil. Comme prévu, à 75 m (env. -23 m) nous en trouvons la fin amarrée sur celui de Jean-Louis Camus. Thierry raccorde notre fil et j'entreprends de dérouler. Nous posons nos relais peu après. Le cheminement n'est pas particulièrement sinueux, et n'impose donc pas de fréquents fractionnements. Ça tombe bien, car souvent les possibilités d'accroche ne se bousculent pas. Vers 100 m le fil de Camus se dédouble. Je cherche la direction générale de la galerie, tandis que le fil ancien fixé de loin en loin n'hésite pas à s'appuyer à la roche, s'enterrant même parfois dans le sable. Le nôtre cherche les droites, suit le fond à distance mais se garde de flirter avec la voûte, pour séduire les scooters qui ne manqueront pas bientôt de suivre ce chemin.

Progressivement la profondeur augmente et nous sommes maintenant dans les -45 m. Les paliers sont déjà bien là et je viens de dérouler une longueur conséquente sans repérer d'amarrage convaincant. Je suis sur le point de faire demi-tour, de rembobiner pour arrêter notre fil à la station précédente, quand je vois en paroi gauche un terminus possible. Il nous fait rejoindre le fil de Camus, mais nous contraint à retraverser la galerie. Mon profondimètre m'indique -47 m. Thierry fixe et coupe le fil. Nous avons dépassé d'une cinquantaine de centimètres la fin du fil métré qu'avait préparé Laurent, soit l'étiquette des 150 m.

Il ne faut pas traîner car les paliers s'affichent maintenant à 8 m et 35' sur mon vieux Favor pourtant très indulgent... Je commence à enrouler les 2 vieux fils jumeaux, aussi rapidement que possible afin de dégager la zone profonde. Thierry passe devant, coupe un des 2 fils pour déséquiper en parallèle. Nous avançons vite, attentifs à ne pas nous piéger avec notre ''récolte'' puis, après avoir récupéré les relais, nous rejoignons la zone des paliers. Nous n'en n'avons pas gagné sur le retour, mais malheureusement pas perdu non plus. L'eau est à 9° et l'attente promet d'être longue. Je m'éloigne parfois de Thierry pour suivre au plus près la courbe de remontée indiquée par le Favor, qui a la particularité de remonter mètre par mètre jusqu'à -3 m. Ayant été au NitrOx 40 entre 0 et 30 m je suis tenté de proposer à Thierry d'écourter la fin de nos paliers, mais je constate qu'il est repassé sur son dorsal et nous terminons donc nos paliers air. Nous sortons finalement après 73' de plongée.

Après un bref compte-rendu de la plongée nous attaquons la remontée. Thierry et moi conservons nos bis, cédant relais et dévidoirs. J'avance à pas mesurés. Inutile de se mettre dans le rouge. La première montée se fait assez facilement, et nous redescendons sur le lac en nous aidant de la main courante mise en place en notre absence. Après avoir retraversé le lac nous gravissons la galerie de sortie, plus longue et surtout plus glissante. Je tire un peu la langue et prends mon temps. Finalement nous retrouvons l'air libre et une tenue plus confortable. Nous reconditionnons les kits de matériel. Xavier et Belu partent devant pour aller actionner le treuil. Je pars peu après avec Laurent, laissant Jean-claude et Thierry pour envoyer les bennes. L'habituel petit rappel pour rejoindre le pied de la falaise, et nous suivons la Bourne au fond de la gorge. A cette heure-ci la lumière est magnifique et le site m'émerveille. Laurent en profite pour prendre quelques photos et nous remontons. Quand nous rejoignons nos amis la dernière benne est arrivée et nous sommes juste dans les temps pour remonter tout le matériel : kits, blocs, mais aussi la benne ou la poubelle où est stockée la corde de charge, et enfin le treuil. Même si les skis tout neufs facilitent la tâche, cela reste rude et on délire sur des solutions farfelues pour qu'il remonte tout seul.

Entretemps est arrivée Isabelle, piétonne par nécessité suite à un soucis (appellation pudique) sur sa moto. Elle permet ainsi à nos mâles spéléos de démontrer qu'après une journée de labeur ils peuvent encore, preux chevaliers, secourir une jeune fille en détresse. Je vous renvoie à sa propre narration.

C'est ainsi qu'une nouvelle très belle journée s'est achevée vers 19h30. Je remercie encore tous mes camarades pour m'avoir permis d'apporter ma pierre à cette belle aventure. Car bientôt nous serons dans une zone qui sera le domaine des recycleurs.


Alain.

Le CR du Belu
Les photos du Belu
Le CR à chaud de Jean-Claude

samedi 30 août 2008

Golet du Groin, équipement dans le shunt

La sortie prévue au siphon d'Arbois ayant dû être annulée - à contre-coeur -par Jean-Claude au dernier moment, une destination de remplacement de dernière minute est choisie. C'est donc au Groin que nous nous retrouverons Laurent et moi, histoire de ne pas sécher bêtement. Rendez-vous est pris pour 11 H sur place et, comme je ne connais pas encore et que Google est mon ami, j'étudie le parcours sur internet. Le Golet du Groin se situe dans l'Ain, sur Vaux-Morets au nord d'Artemare, lui-même une douzaine de km au nord de Belley. Google Maps m'annonce 111 km et 1h30 que je vais bien sûr rallonger un peu en me perdant raisonnablement. Il faut dire que les panneaux indiquant la source sont passablement effacés.

J'arrive à bon port avec une dizaine de minutes de retard et retrouve Babar qui prépare déjà son matériel. J'en fais autant après être allé jeter un coup d'oeil à la source. Le site est joli, la source est encaissée dans la roche, tout en bas d'une pente de gravier. C'est une source vauclusienne qui fait résurgence de manière intermittente. En crue le niveau peut monter d'une quinzaine de mètres par rapport à l'étiage, pour déborder en alimentant le canyon réputé du Groin.
Nous pique-niquons aux voitures puis finissons de nous équiper. Dans la perspective d'Arbois j'ai émis le désir de retravailler l'équipement. Laurent me propose donc d'avancer dans la galerie jusqu'au niveau du shunt, et de faire de l'équipement dans celui-ci. Le shunt était en fait le premier passage utilisé, jusqu'à ce que soit repéré et équipé le passage actuel, plus confortable. Je prend donc, en plus de mon dévidoir de sécurité, le dévidoir "Parisien" que j'avais bricolé avec une bobine en PVC, un tube du même métal (!), quelques goupilles et bien sûr des caouèches. Je serai avec mon bi 9 à 215 b + un relai 7 L de NitrOx 40 à 210 b aimablement confié par mon binôme. Un premier voyage nous permet de descendre à la vasque le bi et les palmes, un second avec le relai dans un kit avec le petit matériel nous met à pied d'œuvre.

Une fois équipés on teste les détendeurs dans la vasque, où l'on laisse les kits en sûreté à 3m sur le fil d'Ariane. Sur le relai c'est parti pour la découverte de cette cavité qui m'attirait depuis longtemps. Tout de suite j'apprécie l'aspect extrêmement travaillé. La faille horizontale du départ s'étend largement en multiples recoins. Puis l'essentiel de la galerie se fait en survolant un joli petit canyon, mais au-dessus duquel la faille horizontale s'écarte fréquemment de 10-15 m et plus. De nombreuses variantes sont possibles pour s'écarter du fil. Le "fil" se trouve en fait être une solide cablette, aux amarrages parfois moins robustes quoique suffisants. A 170 m le cheminement se décale légèrement sur la droite et plus haut, par une -très relative - étroiture. Vers 200 m une cablette jaune succède à la blanche. Un peu avant 250 m Babar me désigne un passage qui part à gauche : c'est le départ du shunt. On amarre mon fil proche du principal sans s'y raccorder, et je commence à dérouler. Mon dévidoir, sans se montrer exceptionnel, convient tout fait pour l'utilisation limitée qui est la sienne, à savoir l'équipement. Du pouce je freine le déroulement pour bien garder la tension du fil et je surveille sa trajectoire. J'amarre assez souvent pour ne jamais toucher la roche, sous l'œil averti de Laurent qui parfois me montre un autre amarrage possible. Il me dira plus tard qu'il a trouvé mes segments un peu courts. Mais en fait je n'étais pas parti dans l'intention de faire un véritable équipement, mais plutôt de travailler l'aisance dans les manipulations, avec mes gros doigts bêtes et frileux. C'est vrai qu'à la sortie, j'en n'ai pas fait super long ! Quand le froid me fait confondre mes doigts avec les caouèches pour faire les noeuds je fais signe que j'arrête. On coupe le fil où on est et on retourne à la jonction. Laurent me demande si je suis ok pour continuer un peu plus loin dans la galerie. Tant que je ne fais plus de tricot, c'est ok. On remonte donc la galerie principale, et je comprends le but de la manœuvre en le voyant passer la tête dans les ouvertures en paroi gauche : après une vingtaine de mètres on peut voir à seulement 5-6 m la voie du shunt et le fil que je viens de poser. Ceci fait on rebrousse chemin, récupérant en route nos relais, pour enfin sortir dans la vasque. Je suis un peu frigorifié et sors sans tarder après un peu plus d'une heure de plongée, alors que Babar traîne au fond de l'eau. Quand il sort nous comparons nos sous-couches respectives, et je prévoie pour la prochaine de me couvrir un peu plus. Je ne sais pas si, pour un cochon, c'est signe de bonne santé que le Groin soit froid. En tout cas pour la mienne, je m'accommoderais bien d'un peu plus que 8°...

Je remonte tout mon matos en une fois, gardant le relai mousquetonné à mon harnais, et le regrette à mi-pente. Ce que je n'ai pas réalisé c'est que chaque pas vers le haut se voit diminué d'une glissade vers le bas. Il faut presque considérer la pente comme double de ce que l'on voit, surtout sans corde pour se déhaler. Tant pis, je prends mon temps pour ne pas me mettre dans le rouge, mais la prochaine fois je ferai aussi 2 voyages pour sortir.
Je charge la voiture avec mon soin coutumier : genre à la fourche. Pas de problème avec le Kangoo, la place ne manque pas et, de toutes manières, il faudra tout ressortir en arrivant chez moi. Laurent qui veut retrouver sa petite famille ne traîne pas, tandis que je profite du beau temps. Je ferai même après son départ quelques photos alentour et sur la route qui ramène à Artemare, et même sur celle d'Ambérieu.

dimanche 24 août 2008

Siphon d'Arbois : ça plonge !

Pour une fois pas de compte-rendu fleuve personnel. Je dirai juste, pour compléter les récits de mes camarades, que c'est une sensation forte de suivre les traces d'un grand monsieur comme Jean-Louis Camus : son radeau fait d'un assemblage de tubes PVC que l'on croise dans la galerie d'accès au lac, le fil d'ariane qui plonge dans la vasque, et surtout cette inscription de sa main qui quoique atténuée par 10 ans de crues reste parfaitement lisible...

Ah oui, et c'est curieux comme la pente parait plus forte à la montée qu'à la descente, chargés comme des mules !

Les photos de Belu
Le CR du Belu
Le CR d'Alain Cloteau

dimanche 17 août 2008

Siphon d'Arbois, préliminaires

Préliminaires ? Disons que l'heure est encore à la préparation des sorties suivantes, avec la mise au point de la tyrolienne. Mais n'anticipons pas et reprenons du début.
La veille j'ai commencé - une fois n'est pas coutume - par le chargement de la voiture : mes quelques affaires d'escalade et surtout l'arrimage sur le toit du bateau. Le bateau ? Une coque d'environ 2 m de long avec une double coque rigide. Suite à une conversation il y a quelques mois en allant plonger à Fontaine Noire de Cize, et considérant qu'il trainait sous un arbre depuis 10 ans dans mon jardin, je l'avais proposé pour le transport du matériel pour le lac d'Arbois. Samedi matin je prends la route et commence par aller faire le plein. D'où un premier retour à la case départ parce que les mousses de protection glissées entre le bateau et le toit de la voiture ont déjà bougé... Je rajoute donc du scotch large aux 4 coins des plaques de mousse et je prends la direction de l'autoroute. Après une vingtaine de km, des bruits suspects m'alertant, je m'arrête sur la première aire et constate que les mousses bougent quand même ! Je les scotche sur tout le pourtour et peux finalement reprendre définitivement la route. J'arrive logiquement avec pas mal de retard, d'autant que, venant pour la première fois je cherche un peu le point de rendez-vous que je croyais à l'entrée d'un tunnel. En fait c'est le départ à pied, mais les voitures sont garées 200 m plus loin au-dessus du départ du cable. je rejoins enfin mes camarades : Jean-Claude Pinna qui est le chef de projet pour la commission, Xavier Méniscus, Manu Tessane et son ami Jérôme, et enfin Patrick Serret dit "Belu" notre ardéchois.
Le cable a déjà été retiré du vallon, attaché à une corde et le tout incorporé dans un système de palan mis en place par les pros de ce genre de montage : Jean-Claude et Manu. N'ayant moi-même aucune compétence en la matière, je me contente d'apporter mes bras à la manoeuvre. La matinée sera riche en essais sur la façon de disposer le cable, de le surélever avec une chèvre en tubes d'acier ou un mat taillé dans un arbre abattu, de disposer des renvois et des assurances. Il faut aussi amarrer le treuil afin qu'il ne soit pas emporté par la corde de charge, apprendre à l'utiliser pour que la corde ne fasse pas de boucle sur le moyeu. Au fur et à mesure les problèmes se révèlent et sont résolus, ou la solution envisagée est reportée à la prochaine fois, le temps de bricoler quelque chose de costaud. On grignote en même temps, Patrick et moi prenons des photos, je fais de petits films.
Les premiers essais avec des charges commencent. D'abord des bidons d'eau pour emmener de l'autre côté l'extrémité de la corde de charge. Certains arriveront un peu vite et "voleront" en bout de câble. Petit à petit les choses se mettent en place et la benne (une magnifique poubelle grise enchâssée dans une structure en fers plats soudés) se trouve fixée au "chariot" qui est lui directement suspendu au câble par des poulies. Le chariot date de l'époque de J-L Camus et ses poulies se verront finalement remplacées par des versions modernes dites rapides, à double réa. La résistance de la benne est bientôt validée avec une charge d'environ 80 kg. Quelques élagages seront nécessaires, accomplis avec Maestria par Manu qui descend sans doute du singe (comme nous tous, mais lui s'en souvient) mais croisé avec un écureuil ! C'est fascinant de constater qu'un grand machin comme ça puisse tenir sur d'aussi petites branches... Une équipe a été envoyée de l'autre côté pour les réceptions et les premiers transferts de matériel peuvent commencer.

Nous passons tous de l'autre côté et je découvre le chemin d'accès. Il débute un peu plus haut sur la route, juste avant le tunnel, par un éboulis. Après un passage dans de gros blocs, facile à repérer par la présence d'un pneu coincé, on attaque un sentier en sous-bois qui part sur la gauche. Un gros travail a été fait lors des sorties précédentes pour dégager l'accès, et la tronçonneuse n'a pas dû chômer. Plus loin le chemin part sur la droite un long moment. Finalement, après un nouveau virage à gauche on atteint le fond des gorges. Il faut remonter le lit du torrent avant de pouvoir traverser en faisant des "pas de géant". Le site est superbe entre des rocs impressionnants, petites cascades et tapis de mousses, et des marmites d'une taille imposantes et communicant entre elles. Passé de l'autre côté, il faut remonter vers la falaise. Au pied de celle-ci on trouve, décalée à gauche de l'aplomb de la grotte, une corde fixe avec quelques fractionnements. La montée se fait au Croll (merci Manu pour avoir compléter mon matériel encore succinct :o) sans difficulté particulière. Le casque est de rigueur si on ne grimpe pas en tête ! En haut la corde se prolonge en main courante jusqu'à une plateforme légèrement en-dessous de l'entrée de la cavité.
Enfin j'y suis. Le porche est large, sous le surplomb de la falaise, enchâssé dans la végétation. La vue sur le fond de la vallée est belle et on aperçoit en face, nous dominant, le pylone EDF et le départ de la tyrolienne dont le cable est fixé en plafond du porche. La première équipe qui était parti faire des photos jusqu'au lac nous a rejoint. Nous nous changeons rapidement et pénétrons la grotte. La galerie est évidente, d'une pente régulière et surtout d'une section très conséquente ! Cette partie n'est pas extrèmement belle, mais j'apprécie un joli joint de strate en hauteur, et essaye de me représenter ce que peut être un tel volume quand il est en charge. Ce doit être époustouflant. A un endroit on passe des marmites de calcite dont la blancheur tranche agréablement. On s'efforce de ne pas souiller la pureté de la roche de nos pieds boueux. En chemin nous croisons l'ancien radeau de J-L Camus, assemblage de tube PVC qu'il fermait avec de la chambre à air.
Tout en progressant on procède à un relevé topographique. Néophite, j'observe attentivement l'usage du compas ad-hoc et du clinomètre par Jean-Claude, ainsi que du télémètre laser pour les relevés de section par Xavier. J'apporte ma modeste contribution en manipulant le décamètre et en repérant les stations choisies par Patrick, pour les indiquer à nos "releveurs" tandis va chercher la suivante. Cette façon de procéder permet d'avancer assez vite. C'est ainsi que nous arrivons au lac. Les lacs souterrains n'ont évidemment rien à voir avec des étendues d'eau comme celles d'Aiguebelette ou d'Annecy, mais souvent de grandes flaques se trouvent promues au rang de lac. Ici l'appelation ne parait pas usurpée, et notre éclairage pourtant déjà puissant peine à accrocher la paroi d'en face.
Il est déjà tard et nous rebroussons chemin. Il faut encore renvoyer le matériel, et donc qu'une équipe remonte au départ de la tyrolienne pour démarrer le treuil, soit environ une demi-heure de marche. Quand ceux restés à la grotte, qui chargent les bennes ont fini, ils peuvent à leur tour s'offrir le petit plaisir d'un rappel sous la grotte pour rejoindre le bas de la falaise, tandis que le dernier mettra la corde à l'abri et redescendra par la corde fixe. Quand nous sommes tous réunis à notre point de départ il reste à remonter toutes les charges - dont le treuil qui pèse un âne mort - aux voitures par le sentier de mule, et à démonter le câble pour éviter les problèmes en absence. C'est ainsi qu'il est environ 20h quand nous pouvons enfin songer à regagner nos pénates. La journée a été longue mais fructueuse, puisque l'installation de la tyrolienne est validée et ne devrait plus guère évoluer.


Mini CR à chaud de Jean-Claude
Les photos de Belu
Le CR de Belu sur son blog

samedi 19 juillet 2008

Baptême parapente & Banges

Longtemps que ça nous travaillait Jérôme et moi. Et là il est décidé, donc on embraye, ce sera ce week-end. Il avait repéré en allant plonger à Annecy une structure proche du camping habituel de Thalassa et on choisit de s'y pointer directement. Nous arrivons vendredi soir à Annecy où Jérôme a réservé un hôtel en centre-ville. C'est un gros week-end d'animations et les spectacles sont un peu partout en ville, quelques troupes aussi défilent. Après un bon restau suivi d'une promenade digestive pour profiter des attractions nous rentrons nous coucher.
Le lendemain débute par une grasse, une fois n'est pas coutume et on n'est pas aux pièces. Nous nous mettons en route en fin de matinée pour rejoindre le centre repéré, Flyeo. Sur place il s'avère qu'en fait les inscriptions des baptêmes - et le départ en minibus - se font à l'atterro au bout du lac. Pas à Bout-du-Lac (nom d'un lieu-dit proche), mais à Doussard. Il nous inscrit quand même, pour la fin de journée vers 17h30-18h. En attendant nous allons voir l'atterro et nous présenter, ce sera fait. Sur place une buvette fait de la petite restauration et nous mangeons sur place en regardant atterrir en continu les vols tandem. Plusieurs structures se partagent le site les touristes. L'usine à baptême tourne à plein régime. C'est quand même bien joli à regarder : de temps en temps un pilote en solo ou peut-être avec un baptisé courageux (à moins qu'il ne soit déjà évanoui, laissant alors toute liberté au pilote ;o) lance des figures impressionnantes.
L'après-midi commençant à peine nous décidons d'aller faire un tour au bord de l'eau. Renseignement pris sur le chemin à suivre, nous suivons un sentier qui s'enfonce dans les sous-bois. C'est joli mais parfois n peu boueux. Nous croisons des gens qui eviennent visiblement de la plage, nous confirmant ainsi que nous sommes dans la bonne direction. Finalement nous atteignons la rive de galets. Quelques couples ou groupes d'amis se partagent l'espace, tandis qu'à 200m à peine les familles et tous ceux qui ne veulent pas marcher trop se serrent comme des sardines (à l'huile solaire) non loin du parking... Nous profitons un moment de la fraîcheur, les pieds dans l'eau, avant de reprendre le chemin de l'aterro.
Revenus à la cabane de Flyeo nous faisons connaissance avec Julien et Pierre-Olivier qui seront nos moniteurs. Pierre-Olivier étant plus versé dans l'acrobatique, et Jérôme préférant un baptème standard, sera mon pilote. Jérôme volera lui avec Julien. Dès que tout le monde est là nous embarquons dans le minibus pour le décollage du col de la Forclaz. Le site est magnifique avec une vue imprenable sur le lac. Le ciel est dégagé de tout nuage et le soleil chauffe un max. Nous écoutons attentivement les consignes, la principale étant de ne pas s'arrêter de courir, même si on croit être déjà en l'air. Yaka ? C'est parti ! Tout en douceur : quelques pas et on se sent fermement portés par la voile. Suspendu dans le harnais je suis comme dans mon baudrier d'escalade, parfaitement rassuré. Je m'assoies confortablement dans la sellette, on y est vraiment comme dans un fauteuil. Je me remplis les yeux du paysage, me penchant pour regarder le sol qui défile. La sensation est vraiment géniale, les conditions parfaites, le site grandiose. Pierre-Olivier reste à flanc de la montagne pour profiter des ascendances et nous nous élevons bientôt au-dessus de l'atterro. Pierre-Olivier m'explique qu'habituellement c'est l'heure des conditions calmes, et qu'aujourd'hui c'est bizarrement maintenant que les ascendances qu'ils ont espéré toute la journées arrivent. Il est visiblement décidé à en profiter et je comprends que la durée de notre vol va en profiter. Nous restons un moment au-dessus de la crête, avec une jolie vue sur la vallée haute derrière. Puis nous commençons à descendre le long de la pente pour prendre la direction du lac.
" - Tu veux prendre les commandes ? "
" - Sans rire ?! "
" - Tu prends les poignées comme ça... Baisse un peu les mains, voila."
Je voooole ! :o) Guidé par Pierre-Olivier je découvre étonné comme les commandes répondent facilement (une fois en vol et par conditions calmes, tout de même). Il me fait faire quelques virages, puis un 360° de grand rayon dans un sens et dans l'autre, et me demande enfin de nous remettre en direction de l'atterrissage. Tip-top. Le lac vu d'en haut présente des couleurs incroyables et dans les zones de faibles profondeur comme près des rives, on distingue nettement le fond. Après la surface en ramant, les fonds en plongeant, je découvre l'étage supérieur comme un oiseau !
Pierre-Olivier a repris les commandes et me demande si je suis toujours partant pour un peu de voltige. Cette blague que je veux ! Il commence par envoyer un 360 nettement plus serré que le mien, nous mettant presque à l'horizontal. Petite pause : "Ça va ?" "Yeeeees !" Alors ça repart, cette fois par des mouvements pendulaires latéraux. Il me dit d'accompagner le mouvement en me penchant avec lui en regardant l'extrémité de la voile. Ayant décidé de faire confiance à mon pilote, j'y vais de bon et je sens bien qu'on penche de plus en plus. Il me semble bien d'ailleurs que mes pieds passent au-dessus de ma tête, une impression sans doute. Pas sûr : je regarde toujours vers le bout de l'aile, mais je fais la mise au point au-delà et ne vois plus défiler le ciel mais le sol ! Quand même... Nous sommes maintenant au-dessus de la zone d'atterrissage et, pour perdre de l'altitude, Pierre-Olivier entreprend une série de 360 serrés en changeant de sens par un pendule renversant. Ça décoiffe !!! Le sol est maintenant proche et nous nous remettons droit, quittant le confort de la sellette pour atterrir. La dernière ligne droite se fait les pieds à 1 m au-dessus du sol, à une vitesse conséquente, quand soudain tout se calme et nous nous posons en douceur, sur place. Quelle maîtrise. Il me libère du tandem et je regarde Jérôme atterrir. Lui aussi a la banane d'une oreille à l'autre. Nous remercions sincèrement nos 2 guides du ciel, qui repartent pour un dernier tour après nous avoir remis nos certificat de vol :Retour à Annecy pour un nouveau petit restau bien sympathique au bord du canal, et une nouvelle promenade parmi les spectacles. J'ai prévu pour demain que nous allions rejoindre les copains de la souterraine pour leur donner un coup de main. Le rendez-vous étant prévu de bonne heure il faudrait ne pas se coucher trop tard. Mais c'est évidemment un voeu pieu. Le lendemain le réveil est forcément laborieux. Le petit déj' est expédié et on se met en route pour la commune d'Allèves au sud du lac d'Annecy, dans le massif des Bauges. Destination les grottes de Banges. On arrive logiquement un peu à la bourre, mais rien d'affolant. On retrouve Laurent "Babar" Bron, Olivier "Gros Quick Lanet" et Eric "Captain Bigloo" Charbonnier. Nos amis finissent de se préparer et on se répartit les charges pour les monter à l'entrée de la grotte. Une fois tout le monde réunit l'équipement final se fait, un peu plus long pour certains : "Arrêtez de parler à Gros Quick, sinon on y est encore demain".
Une fois prêts et les charges réparties, on pénètre dans la grotte. Une première pour Jérôme. Olivier m'a confié son appareil photo, en plus du mien, et Jérôme a pris le flash déporté après quelques essais de synchronisation. Nous descendons la galerie familière jusqu'à la salle "camp de base", puis on oblique dans la seconde partie de la galerie qui se rétrécit jusqu'à ne plus être qu'un large couloir aux hautes marches. On passe l'échelle et on arrive bientôt à l'intersiphon 3-4, puisque nous sommes rentrés par un regard sur le réseau. A droite l'aval que je ne connais pas vers la grotte des Eaux Mortes ; à gauche l'amont vers les siphons 4, 5 et 7, le très bel intersiphon 5-7, la galerie de l'Eden et... la suite des explorations !
L'objectif du jour, pour Laurent et Olivier (tous les deux en recycleur rEvo) et Eric en bi 10, est de faire de la topographie dans le S3 . Le niveau est bas et nos camarades s'équipent dans la laisse d'eau entre les deux siphons. Pendant ce temps je multiplie les photos avec l'aide de Jérôme. Babar s'est déjà immergé, Eric et Olivier le rejoignent dans la vasque. Nous sommes rentrés habillés un peu légèrement et Jérôme, qui a développé depuis quelques temps une forte sensibilité au froid, commence à réagir. Il est temps de rentrer, je fais donc signe aux plongeurs encore en surface que nous les laissons. Le retour vers la surface se fait d'un pas vif pour se réchauffer. Retour vers la lumière, une de nos lampes commençant à faiblir, et surtout vers la chaleur. Sortis de la grotte nous récupérons les kits et vêtements (la descente dans un volume humide se faisant beaucoup mieux que la montée) pour les redescendre à la voiture. On range tout dans le coffre et je cache à l'endroit convenu les clés du 4x4. Il ne nous reste plus qu'à reprendre la route pour Annecy, non sans faire une excellente étape gastronomique au col de leschaux : pas de plats extravagants mais bien rélisés avec d'excellents produits locaux. A refaire.

Mais comme les meilleures choses ont une fin, nous finissons tout de même par récupérer nos affaires à l'hôtel et rentrer sur Lyon. :'o(
Nous apprendrons plus tard que la visibilité n'a malheureusement pas permis de faire la topo.

mercredi 2 juillet 2008

BSA, 29 juin : ma plongée à la Tannerie

Ce matin j'avais prévu un timing serré pour pouvoir faire "ma" plongée à la Tannerie. Pour être sorti vers 11h-11h30, heure prévue pour attaquer le nettoyage des Gouls, j'avais calculé de me lever à 7h30 pour déjeuner rapidement, plier la caravane, régler mon dû au camping et le quitter vers 8h15 au plus tard. En fait j'ai ouvert les yeux vers 5h30, sans réussir à retrouver le sommeil... Qu'importe, ça me donne l'occasion de saluer Josée, Laurent, Jean-Pierre et Bruno qui partent de bonne heure pour la réunion de la CNPS à Marseille. Je suis mon programme et à 8h05 je suis devant la réception... fermée :o( La gérante arrive, plutôt ronchonne, en me disant que normalement ce n'est pas avant 8h30. J'ai pris les horaires d'ouverture affichés en évidence, au lieu de ceux du bureau qu'il faut chercher dans un fatras d'affiches. Finalement elle ouvre quand même, je paie et dis au revoir aux moustiques !

Arrivé sur site je n'ai que peu de retard, mais je vais vite réaliser que j'ai vu un peu court en comptant être prêt en 3/4 d'heure : entre la préparation du matériel (toujours un détail oublié à régler) et les 3 portages de ma voiture (j'ai quand même préféré me garer en retrait vers le viaduc) à la vasque, je ne m'avance pas. Je suis enfin à pied d'oeuvre. Mes 2 relais 9 litres sont dans l'eau et je peux m'équiper à l'ombre encore rare. C'est un plaisir qui n'est pas donné à tous de pouvoir, par grande chaleur, enfiler une sous-combinaison en polaire et des chaussettes de montagne. Pouvoir enfin envelopper le tout dans une combinaison étanche devrait me permettre d'atteindre le Nirvana. Ben non. J'ai oublié à la voiture ma sangle avec le crochet qui va bien pour pouvoir fermer seul ma combinaison de sudation. Heureusement j'ai, autour des bottes, des sangles velcro pour suspendre ma combinaison. J'en passe une dans la tirette de la fermeture, et m'agenouille pour la coincer dans le crochet d'une des barrières encore en place. J'ai déjà chaud. Je pivote les épaules et... scratch ! le velcro lâche ! Deuxième essai, même punition. Je sens venir le mauvais plan. Le troisième sera heureusement le bon, et je cours me jeter à l'eau pour faire tomber la température. Une fois fait je retourne enfiler le bi 10 - aimablement prêté par mon ami Stéphane - et tous les accessoires habituels.
Retour dans la vasque pour accrocher en ventral les relais. Je dispose commodément les tuyaux et le petit matériel, teste mes quatre détendeurs ainsi que les lampes. Les blocs ont refroidi et je contrôle mes pressions de départ : le bi 10 est à 210 bars, les relais 9 sont à 180. Classiquement j'opte pour une règle des quarts sur le dorsal (arrondi sécuritairement à 160), et une règle des tiers sur les relais soit 120 b. Tout est ok et je pars.

Tout de suite bien se stabiliser pour minimiser l'effort, et vérifier que rien ne traîne qui risquerait de s'accrocher. Comme souvent dans cette galerie qui s'y prète bien, je me tracte avec les mains presqu'autant que je palme. Le début de la galerie, sans être véritablement étroit, est cependant bas de plafond et mes protections de robinetterie raclent parfois la roche. J'arrive tranquillement au canyon - un peu d'espace - et vise l'étroiture au fond. Des deux mains j'écarte les relais pour les mettre dans le plan du corps et me faire le plus plat possible. En deux coups de palmes je suis passé et reprend ma progression. Petit à petit la galerie devient globalement plus haute. Je suis la cablette jusqu'à 200 m, où un fil prend le relai. A 250 m je jette un oeil au départ de la galerie latérale, mais choisis de rester dans la principale. Le fond monte légèrement, avant de redescendre vers la jonction des 400 m. Un regard en arrière pour regarder le fil de la galerie secondaire qui s'arrête non loin du principal, une vérification des manomètres, et je continue. J'arrive enfin au sommet d'un petit puits qui constitue la limite de ce que j'avais déjà fait dans cette cavité. Ce qui suit est connu depuis longtemps, mais ce n'en est pas moins "mon" inconnu. J'arrive sur les tiers de mes relais, mais le plafond est bas, rendant malcommode un changement. Je me laisse couler lentement dans le puits. J'adore quand la roche défile ainsi,me sentant comme un parachutiste au ralenti. Le fond est à 8 m et je choisi un endroit pratique pour déposer mes blocs. Je commence par purger ma wing pour ne pas décoller une fois allégé, et accroche successivement les deux 9 litres sur le fil. Je ferme les robinets par sécurité, et teste à nouveau les deux détendeurs de mon dorsal. C'est reparti.
Dix mètres plus loin j'arrive sur une grosse plaquettes signalant les 500 m, estampillée "CRPS RABA" car c'est notre commission qui a rééquipée cette partie. 500 m : je ne me suis jamais senti si près du puits terminal qui me fait rêver depuis longtemps. Le boyau est confortable, rassurant dans son évidence. Je suis parfaitement serein, juste un peu excité par la proximité du but. Je viens de passer les 600 et je me sens comme un enfant quand approche le moment de pouvoir déballer ses cadeaux. Je suis à la fois impatient, et pourtant je me retient d'accélérer pour faire durer le plaisir. Des préliminaires en somme ! De plus la dernière chose à risquer si loin de l'air libre est bien un essoufflement. J'aperçois en plafond, flottant plaquées à la roche, des plaques de polystyrène qui ont dû équilibrer des relais avant d'être sacrifiées. Cela me fait évidemment penser à Thaïs qui a eu sa dose de flotteurs oubliés. Enfin il est là, je le reconnais. Je ne vois pas encore le puits lui-même, mais son bord à droite de la galerie qui se termine m'est tellement connu par les photos, ou les vidéos faites par Xavier...
Je m'approche, ému et exalté. Il plonge, d'autant plus vertigineux après cette longue progression quasi horizontale. Il est nettement plus large que celui du Goul du Pont et, dans l'eau cristalline, mon regard plonge profondément. Le fil laisse la place à une corde d'escalade solidement amarrée. Vais-je le descendre en rappel ? J'ai parfaitement ajusté ma stabilisation avant de me positionner au-dessus. Je suis à 190 bars et je n'hésite pas longtemps avant de me laisser glisser précautionneusement, en feuille morte, face à la corde. Je ressens l'impérieuse nécessité de contrôler la vitesse, de ne pas me laisser happer par l'ombre, de garder le contrôle. Je tourne sur moi-même, observe la forme du puits, son ouverture qui disparaît. Vers 25 m la verticalité s'accentue à nouveau, formant une belle marche d'environ 15 m. Mon éclairage Bubble Daylight fixé au bras éclaire le fond qui pourrait sembler tout proche. Je me suis fixé 35 m comme limite. Un ressaut rocheux me convainc de m'autoriser un léger dépassement de confort : je me pose en douceur pour observer tout à mon aise. Je suis à 39 m et la corde se termine en faisant plusieurs boucles dans un anneau naturel. Une cablette la relaye vers des profondeurs que je m'interdis à l'air dans ce contexte. J'éclaire la suite 4-5 m plus bas, la galerie repart plus horizontale sur ma droite. Que j'aimerais voir la suite. Je me promets à cet instant de revenir avec les gaz adéquats.
Mon ordinateur ne réclame encore aucun palier, m'accordant même 9' sans déco à cette profondeur. Mais d'autres paramètres sont à prendre en compte et j'amorce la remontée. Je me guide parfois sur la corde, deux doigts l'entourant sans la serrer. Bien m'en a pris, car je trouve que ma remontée s'accélère plus que je ne le voudrais. Je réalise que j'ai laissé fermée la valve de surpression de mon étanche et plaque ma main dessus pour purger. La proximité de la paroi me permet de me ralentir de l'autre main sur la roche. J'arrête un instant ma remontée, règle ma purge et reprends ma progression. Rien d'affolant, mais je m'en veux tout de même de cette erreur stupide. J'atteins le sommet du puits en m'amusant à simuler une escalade du bout des doigts. Spiderman n'a qu'à bien se tenir. Cela fait 55' que je suis en plongée. Nouveau contrôle des manos avant de ré-attaquer la longue galerie horizontale : 160 et 170 bars, soit mes quarts. Je suis donc largement dans la sécurité, et entreprends tranquillement le retour. Sur mon nuage je regarde défiler les étiquettes, chacune me rapprochant de la sortie et augmentant ma marge de sécurité. Je prends donc mon temps, prolongeant mon plaisir et la quiétude que procure ce type de plongée. L'étiquette des 500 m'annonce mes relais, qui reprennent vite leur place. Je les rouvre mais choisis de rester sur mon dorsal pour le confort de ses détendeurs. Vers 400 m une lueur apparaît : un des copains viendrait-il à ma rencontre ? L'arrivant progresse paisiblement à la façon frogman, chaussé d'un unique bi-bouteilles. Nous nous croisons et nous saluons : je ne le connais pas. Je continue mon chemin et après quelques mètres, réalisant que mon éclairage n'avait sans doute pas gagné en intensité, je comprends qu'il me suit. Il a du faire demi-tour immédiatement après les 400 m. Peut après il me dépasse, moins encombré que moi. Je lui cède le passage afin de poursuivre à mon allure de sénateur. Finalement il semble ralentir, puisque l'écart se maintient d'une quinzaine de mètres environ. Cela m'offre le spectacle habituel - mais dont on ne se lasse pas - d'ombre et de lumière, de halos fluctuants qui se cachent ou se dévoilent au gré des circonvolutions de la cavité. Cela ne perturbe en rien ma solitude, juste il me semble que des feux follets me guident vers le soleil. Je le rattrape au passage de l'étroiture, puis il reprend de l'avance. Ou plutôt je traîne encore un peu plus ! Enfin j'atteins la vasque et monte dans la lumière du haut soleil de midi. Je rejoins mon camarade de hasard avec qui j'échange quelques impressions. Il s'avère qu'il s'agit de Goofy, un nom qui m'est connu par les forums spécialisés. J'accroche mes relais à la corde toujours en place et sort de l'eau. Ma plongée aura duré 1h35, que du bonheur.

Sans me déséquiper je me dirige vers mes camarades arrivés durant ma plongée. Je dis mon plaisir et ma satisfaction à Xavier et Baptiste. Xavier me suggère, plutôt que de poser les blocs, de me réimmerger directement au Goul du Pont pour attaquer le nettoyage. Je contourne donc la pile du viaduc pour changer de source. Je commence par le fond, juste au-dessus de l'étroiture, et procède par paliers en remontant. On m'a passé une filoche de plongée dans laquelle je récolte toutes les saletés jetées par des promeneurs indélicats. Les habituelles canettes et capsules de bières sont aujourd'hui dépassées par un nouveau déchet : les cahiers d'écoliers et leurs accessoires tels des tubes de gouache ou une paire de ciseaux... Le papier se délitant est souvent très dur à insérer dans la filoche, préférant se disperser. Tant bien que mal je fais une moisson conséquente et finit par sortir.
Je me change rapidement pour courir chercher une boulangerie ouverte, afin de casser la croûte. Le soleil tape dur et il y a moins de vent qu'hier : nous sommes relativement assommés. Après le repas nous nous partageons entre les 2 sources. Avec Xavier et Thierry Briolle qui nous a rejoint, nous retournons à la Tannerie pour démonter la cloche et ramener le fil de l'interphone. Je laisse la cloche aux deux autres pour m'occuper de dégager le fil tendu dans les recoins de la galerie - à l'écart de la cablette - et détacher les caoutchoucs qui le fixent ça et là. Je repars donc avec mes relais du matin toujours à 120 b, que je fixe cette fois sur le harnais que je me suis bricolé pour le portage à l'anglaise. Je me faufile dans la partie la plus étroite de la galerie, pour vérifier que rien ne coincera le fil quand viendra le moment de l'enrouler sur le touret laissé à l'extérieur. J'avance en rampant, me rapprochant progressivement du canyon. A un moment je constate que le fil passe sous un amarrage de la cablette, avant de courcircuiter la chicane. J'emprunte celle-ci pour contourner l'obstacle et, de l'autre côté, libère le fil amarré. Je sens alors une traction sur le fil. Probable que Michel, à l'extérieur, est venu voir s'il pouvait commencer à rembobiner. Le fil est rappelé et je crains que ce ne soit prématuré. Je vois venir la prise qui le termine et la pousse pour éviter qu'elle ne s'accroche. Je repasse la chicane aussi vite que possible pour accompagner la sortie du fil. Je commence à le lover sur mes 2 mains, me disant qu'en cas d'obstacle il sera plus aisé de faire passer le paquet que toute la longueur de fil. Tant bien que mal je rejoins la sortie, ainsi que Xavier et Thierry qui sont dans la vasque. Ils ont du passer derrière moi tandis que j'étais glissé dans la faille. Xavier me prend le paquet que j'ai porté et fait passer le fil par dessus le muret. En sortant la tête de l'eau je réalise que Michel n'est pas là. Les copains ont cru comme moi que Michel tirait, mais il s'avère que c'est le courant qui a emmené le fil ! Il forme maintenant un bel embrouillamini dans la cascade. Sortis de l'eau il nous faudra plus d'un quart d'heure pour démêler l'écheveau avec l'aide de Michel. Pendant ce temps les autres ont fini de nettoyer le Grand Goul, et nous pouvons bientôt penser à plier bagages. Thierry arrive un peu plus tard, car il s'est réimmergé pour une plongée ballade.
Après des adieux éplorés (en fait pour la plupart des "Au revoir", en attendant les journées au Durzon toutes proches), nous reprenons la route.

A bientôt les Gouls de Tourne.

mardi 1 juillet 2008

Bourg St Andéol, Pointe à la Tannerie

Un week-end très bien rempli, et un narrateur bavard : il vaut mieux que je coupe mon compte-rendu en deux.

Prologue :

Je suis parti vendredi soir, bien évidemment à la bourre pour ne rien changer. Heureusement la circulation, parfois un peu dense, reste correcte tout du long. j'arrive au Camping du Lion de Bourg-Saint-Andéol vers 21h30. L'accueil est fermé, mais le n° "au cas où" affiché me permet de joindre la gérante attablée à quelques mètres. Pardon du dérangement. On me place vers les bungalows de toile réservés par Xavier : une personne seulement est arrivée, et la voiture dénonce Eric Charbonnier. Par contre je fais immédiatement la connaissance d'autres voisins : les moustiques en nombre invraisemblables, qui vont nous tenir compagnie tout le week-end.
Je monte rapidement ma tente-remorque, en m'assénant de grandes claques. J'allume ma lampe tempête alimentée en huile à la citronnelle, et finit même par user de ladite huile comme eau de toilette...
Je casse une croûte, constate le retour d'Eric et de sa douce, attablés devant des pizzas. L'arrivée de la Babar's family - aussi connus sous le sobriquet amusant de Josée et Laurent Bron - est prévue pour minuit au plus tôt. Décision immédiate de me préparer psychologiquement au lendemain : je vais me coucher.

Episode 1, Samedi : Pointe de Xavier à la Tannerie
Dans le cadre du projet de la Commission Nationale de Plongée Souterraine de la FFESSM, l'objectif du jour est pour Xavier Méniscus de prolonger l'exploration de la galerie "Brasey" qui démarre à 130 m de fond dans le puits du Goul de la Tannerie.
Xavier m'ayant annoncé la veille son intention d'une arrivée sur site entre 7 et 8 heures, je me suis levé tôt. Petit-déjeuner rapide mais consistant et j'arrive devant l'entrée des Gouls vers 7h30. On se serait concerté qu'on n'y serait pas arrivé, car Michel Conte est en train d'ouvrir (il a mis un cadenas en plus du potelet escamotable) à Patrick "Belu" Serret et Jean-Claude Pinna. Jean-claude, qui amène le compresseur dans la remorque de notre vénéré Président de la CRPS RABA (Claude si tu me lis... :o) et moi nous garons quasi sous le viaduc, Patrick le long du mur. Jean-Pierre Stafanato qui sera le DP surface est déjà là. Arrive bientôt Xavier, serein, puis l'ensemble de la troupe : Eric et Sylvie, Josée et Laurent, Baptiste Benedittini, Bruno Mégéssier, Gaby Hude, Serge Césarano.
Les 2 jours précédents Xavier, Michel et Patrick aidés de pompiers serviables ont fait d'importants préparatifs. La cloche de décompression est en place à 120 m au bout du canyon, des blocs sécu sont disposés, le cable de l'interphone est posé de la cloche jusqu'à la zone du PC devant le la vasque. Celle-ci a été équipée d'une corde, pour accrocher les bouteilles de sécu et de relais afin de faciliter l'équipement des plongeurs, ainsi que d'une corde pour assurer l'accès à la vasque lorsqu'on est lourdement chargé. Michel a même nettoyé de ses algues un bout du muret au tampon récurant : c'est très efficace et bien moins glissant. Une rallonge de chantier est déroulée jusqu'au PC protégé par des barrières Vauban. JPS peut brancher son ordinateur à l'ombre du parasol. Face à lui, un tableau blanc rappelle que les méthodes modernes n'enlèvent rien à l'efficacité de procédés plus classiques.
Chacun prépare son matériel. Je me dépêche car je dois faire la première plongée de la matinée. Marrant : lors de sa pointe à -185 il y a 2 ans au Goul du Pont voisin, j'avais déjà fait la première pour désober l'étroiture et passer quelques bouteilles et un propulseur derrière. Et bien je remet ça, puisque je dois déposer 2 petits relais d'oxygène et un propulseur UV18 après le canyon, derrière l'étroiture à 150 m. Patrick décide de m'accompagner pour faire des photos tant que l'eau est parfaitement limpide. On se retrouve dans la vasque pour finir de s'équiper. J'ai pris un bi 7 et j'emporte les 2 relais en ventral. Le propulseur est très bien équilibré et je n'aurai pas de difficulté à le manœuvrer. Je m'immerge et, tout de suite, Patrick me fait signe d'attendre qu'il soit positionné pour prendre les premières photos quand je piquerai vers le fond. Tout au long (quoique court :o) du parcours, il me fera signe d'attendre un peu, ira se positionner dans la galerie pour que je vienne sur lui. J'essaie de bloquer ma respiration aux moments opportuns et de me positionner au mieux, tout en poussant le propulseur devant moi. Normalement c'est lui qui devrait me tracter, non ? Les relais raclent parfois un peu la roche dans cette partie basse de la galerie. Une chicane basse en partie gauche annonce la proximité du canyon. Le voila devant moi. La cloche est suspendue à mi-hauteur, juste après l'étroiture qui s'ouvre sur le fond à droite. Elle occupe la largeur, mais il reste un bon espace derrière. Comme convenu avec Patrick, je me stabilise à sa hauteur en variant un peu la position, puis fait mine de rentrer. Tandis que le flash se déchaîne, j'en profite pour vérifier que tout est ok et qu'elle est parfaitement remplie. J'abandonne mon rôle de taupe-modèle (normal en souterrain) et me dirige sur le petit éboulis de galets qui constitue le fond de l'étroiture. Patrick me fait signe qu'il rebrousse chemin.
J'ai compris qu'il était inutile de vouloir toujours tenir l'UV18 : je le glisse devant moi, vise, et d'une poussée l'envoie dans la galerie tel une grosse fléchette. Il garde parfaitement sa trajectoire et se pose en douceur 3m plus loin. Je me glisse à mon tour en rampant, écartant les robinetteries des relais de mes deux mains pour les protéger. En deux coups de palmes à la frogman je passe facilement. Encore heureux, quand je pense à tout ce que Xavier aura sur le dos tout à l'heure... Je récupère le propulseur et continue jusqu'à une zone ou la hauteur sous plafond facilitera l'équipement de Xavier, au point 150m. J'accroche les mousquetons au fil. Ma mission est remplie, je m'octroye le petit plaisir de continuer un petit peu jusqu'à la marque des 200. Là une bouteille de sécu Nitrox 40 est amarrée au fil. Je jette quelques regards dans la galerie, appréciant au passage ma nouvelle lampe de casque achetée chez Déca.... Ses 3 watts faisceau large convienne bien, tandis qu'avec les 5 watts de la Bubble Dailight fixée au bras j'éclaire plus loin. Demi-tour. Délesté je retourne rapidement à la lumière. Xavier finit de s'équiper, pris pour cible par les appareils photos. Il repart avec Belu qui va refaire des photos du départ du pointeur. Je fais signe que je les accompagne car il me reste bien assez d'air. Je me tiens en retrait pour ne pas gêner le photographe. Par contre mes lumières doivent faire des effets intéressants en fond. j'admire la dextérité de Xavier pour se faufiler avec son équipement volumineux. Patrick s'arrête à nouveau avant l'étroiture, tandis que je suis Xavier. Une fois encore il passe avec l'aisance de l'habitude. Arrivé aux 150m il se pose et entreprends de rajouter les 2 relais à sa panoplie. Il accroche le scooter et le glisse derrière lui, le calant entre ses jambes. Je me suis mis discrètement sur le côté pour ne pas le gêner, et le regarde faire les ultimes vérifications. Avec le faisceau de ma lampe je lui fais un signe ok pour lui souhaiter le succès et il part, tracté par le propulseur avec lequel il est venu de la vasque, tirant celui amené par mes soins, et enveloppé de ses recycleurs et de nombreux blocs de tailles diverses. La vision me fait penser à un énorme attelage routier qui évoluerait dans une ruelle !
Je regarde disparaître ses lumières et, une fois de plus, part rejoindre la surface libre. Lui est parti pour plusieurs heures.

En surface l'organisation finit de se mettre en place sous la houlette de Jean-Pierre. Il reporte au tableau blanc les départs des plongeurs dans un tableau où je suis sur la première ligne. Les suivantes sont déjà remplies avec des heures prévisionnelles, du type H+... Jean-Claude qui fera le premier rendez-vous profond avec le pointeur, à 70m est déjà dans l'eau, préparant ses recycleurs. D'autres suivront, tels Babar, Baptiste, Bruno, Gaby, Serge et Eric, pour différents rendez-vous. C'est qu'il faut déjà s'y rendre : 700m de galerie, même peu profonde ce n'est déjà pas rien.
L'attente est longue. Enfin les premières nouvelles nous parviennent via l'ardoise et Jean-Claude. Tout s'est bien passé et il a rajouté environ 100 m de fil. Il a plus de paliers qu'il ne pensait et malheureusement son gilet chauffant est en panne. JC a ramené la caméra, mais le caisson a pris l'eau et elle est noyée. On l'ouvre autant que possible pour la faire sécher après avoir enlevé les batteries, mais l'espoir est faible. Jean-Pierre reporte sur le profil de plongée au tableau les indications de Minibus, ainsi que les estimations pour l'entrée dans la galerie ou l'arrivée à la cloche. Petit à petit les rendez-vous se succèdent et les nouvelles suivent. Xavier rentre finalement dans la cloche un peu plus tôt que prévu, vers 16 heures. Il est proche et nombreux sont ceux qui vont maintenant pouvoir se succéder pour lui tenir compagnie pendant les 2 h qu'il doit y passer. Jean-Pierre gère les départs et nos impatiences, afin que tout le monde n'y soit pas en même temps et qu'il ne soit jamais seul. Entre-temps Hélène qui rentre de Corse a appelé pour prendre des nouvelles de Xavier, JPS tentant même une mise en communication via l'interphone. On prépare aussi le déséquipement, afin que ne subsiste pour le lendemain que le minimum : la cloche et le fil téléphonique. Dans ce cadre j'accepte d'aller chercher la bouteille de sécu Nitrox à 200m et une autre d'air à 400m. J'envisageais d'y aller seul, mais Laurent se propose de m'accompagner et de me montrer la galerie latérale, entre 250 et 400. Nous attendons donc le retour de Josée qui est avec Xavier, afin que Babar récupère son bi (+ un relai) et moi les plombs de chevilles que je lui ai prêté (à défaut de pouvoir lui mettre du plomb dans la tête ;o). Je repars avec le bi 7 que j'ai regonflé. Je commence par prendre les devants, puis Laurent me dépasse semblant vouloir, contrairement à ses habitudes nonchalantes, accélérer les choses. Arrivés à mon terminus du matin, et au premier bloc, un coup d'oeil aux manos confirme qu'il est inutile de s'en encombrer si tôt. Nous continuons et j'aperçois sur le fil - qui a succédé à la cablette - un rislan qui marque les 250m, et me fait dire que la galerie latérale doit être là. Effectivement Laurent me désigne avec sa lampe le départ du fil, non raccordé au principal pour éviter les erreurs. La galerie est d'une physionomie différentes, plus ronde. J'observe un dépôt bien plus important que dans la principale, signe que l'actif ne passe pas là. Après 150m le fil se termine et nous retrouvons le principal. Le relais est là, et je l'accroche avec l'aide de Laurent : les mousquetons sont un peu distants par rapport à l'écartement des mes anneaux, et j'aurais dû commencer par fixer le bas. Nous rentrons par la galerie principale et, au croisement, je prends le deuxième bloc. Babar me montre à l'écart du fil un puits vers les 150 m que je n'avais pas encore vu. Repassage de l'étroiture avec mes 4 blocs, et tout de suite derrière je bute sur du monde : Xavier est en train de sortir de la cloche et il n'est pas seul... On est un peu nombreux dans cette partie du canyon. Laurent arrive derrière moi et je vois mal comment passer derrière la cloche, je choisis donc d'avancer pour dégager le passage. Un peu plus loin Xavier, au propulseur, me fait me serrer pour le laisser passer. Derrière lui, palmant frénétiquement pour le suivre, Sylvie encombrée d'un relai qu'on lui a confié et qu'elle semble trouver passablement encombrant ! Je continue à mon rythme et retrouve tout ce petit monde dans la vasque. Entretemps quelques regards en arrière m'ont révélé que Laurent ne me suivait plus. Je pose donc les blocs ramenés et part à sa rencontre quand je le vois arriver.
Une fois déséquipés, nous félicitons Xavier pour cette très belle explo, dont il narrera le détails sur son blog. Nous n'avions pas voulu alerter Xavier en lui apprenant la triste fin de la caméra, mais il savait déjà. En fait il avait constaté, quasi dès le départ, qu'une des grenouillères de fermeture, sans doute accidentellement accrochée lors des manutentions, était ouverte. Il l'avait refermé, mais... Hélène est arrivée et Xavier est impatient de se retrouver au restaurant :
  1. c'est son anniversaire, je tairai l'age par respect (et puis je ne sais pas compter aussi loin!)
  2. il a passé 9 h sous l'eau et rêve légitimement d'une vraie nourriture
Les affaires sont rangées petit à petit, le compresseur remisé et attelé derrière ma voiture pour que je le ramène au camping. Je pars un peu après, comme un benêt sans réaliser que Xavier ne va évidemment pas déballer son cadeau au camping : 40 galets (tiens, pourquoi 40 :o) recouvre dans un panier à linge une boîte avec une carte et notre cadeau. Je rate donc l'instant cadeau.
Nous nous retrouvons bientôt tous au camping, pour un apéro et une trempette dans la piscine. Curieusement il y a plus de monde devant un verre que dans l'eau... Xavier nous rejoint et fait une découverte qui va bouleverser nos connaissances scientifiques : sans combinaison étanche, l'eau ça mouille. Si.
Le repas préparé par le camping est très bien, nous sommes nombreux : environ 250 (je compte les moustiques). Xavier nous détaille ce qu'il a vu et nous annonce qu'il ne compte pas y revenir, car pour lui la galerie s'arrête là. On sait où est la suite : plus bas, très bas, au-delà de 220m. Trop bas ?

C'est une belle journée qui s'achève, et j'ai déjà bien cogité à ce que je voulais faire de la suivante...

lundi 9 juin 2008

St Nazaire en Royans, Post Apocalypse !

Pour info, voici quelques photos envoyées par des copains, prises 2-3 jours seulement après le congrès. Le barrage a été vidangé...



Si, si. C'est bien le même endroit !

lundi 2 juin 2008

Congrès de Plongée souterraine 2008

Ce week-end c'était donc le Congrès International de Plongée Souterraine, comme chaque année à St Nazaire en Royans (la grotte de Thaïs n'était cependant pas plongeable, du fait des crues). Parti un peu tard, J'ai raté les tout premiers sujets du samedi, mais j'ai quand même eu l'occasion de voir de nombreuses très belles images, comme une rétrospective sur Sylvain Redoutey ou les explorations de Luigi Casati. Ce dernier est fascinant de simplicité, modeste et nature : il relate avec humour des plongées d'exception (jusqu'à -212 m.) et évoque avec beaucoup de pudeur ses 2 amis morts il y a quelques mois.

Car le congrès, plus que des sujets en images ou une exposition de matériel, c'est surtout des rencontres, avec les russes toujours nombreux, mais aussi des italiens, suisses, allemands, belges. L'occasion de revoir avec plaisir ceux qui nous ont formés stéphane et moi lors de notre stage perfectionnement dans le Lot en 2006 : Célian l'an dernier et Bruno Mégéssier cette année, JP Stefanato. On se croise parfois trop rapidement, comme le Belu (avec qui j'avais notamment plongé la résurgence de Port-Miou il y a quelques mois) sans avoir eu le temps d'échanger sur les techniques de désob avec l'expert ! Michael le Suisse, lui aussi à Port-Miou, qui éclaire dans une rencontre avec Luigi et Fred Martin l'utilisation des recycleurs. On met aussi des visages sur des noms qui reviennent sur les listes de diffusions ou les CR d'explo, comme le lyonnais P'tit Lips qui m'a gentiment détaillé la célèbre boîte topo des Vulcains. On peut même rencontrer l'histoire de la plongée sout' quand on a le plaisir de déjeuner en compagnie de Claude Touloumdjian, discret mais toujours bien présent.

2008 aura aussi été l'occasion d'un premier pas dans la réconciliation interfédérale, puisque la FFS organisatrice (avec l'omniprésent Joël Endewell) avait confié à la FFESSM le sujet des recycleurs. Outre la rencontre déjà évoquée, et animée par JP Stéfanato, ce fut l'occasion de montrer différentes approches du recycleur : toujours en circuit fermé manuel, mais avec des configurations variées, toutes "made in garage" avec force tuyau PVC et chambre à air ! Les concepteurs -avec une forte représentation de la CRPS RABA- purent ainsi expliquer leurs choix, résultant d'expériences et besoins différents. Un des visiteurs russes en profitera pour venir montrer un étonnant prototype de recycleur "à l'anglaise" (ou "side-mount", c'est à dire porté sur le côté plutôt qu'en dorsal).

En somme ce fut un excellent week-end à la bonne humeur omniprésente, des animations organisées par Joël aux repas locaux et délicieux. Même la météo - à l'exact opposé des prévisions - ne put gâcher la fête.